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« Il est interdit d’éloigner le citoyen du territoire national ou   l’empêcher d’y retourner »

Article 11 de la Constitution tunisienne

 

Le droit au retour des exilés politiques tunisiens est un droit garanti  par la Constitution, sa reconquête est un devoir

 
De même que les chroniques de la bataille pour l’indépendance ont consignée dans leurs pages la relégation hors de la Tunisie de nombreux leaders du mouvement national, l’histoire politique contemporaine de notre pays retiendra sans doute le chapitre de l’exil et de la dispersion des milliers des tunisiens aux quatre coins de la planète, comme l’une des épreuves les plus douloureuses de l’ère post coloniale.

 En effet, l’injustice de l’exil ne se réduit pas tant à un vague sentiment de nostalgie envers la mère patrie, qu’à la conscience aigu que le fléau du despotisme qui frappe la Tunisie n’est pas prêt de toucher à sa fin.

L’ampleur considérable de la tragédie des détenus politiques et ses retentissements moraux a contribué à faire confluer sur elle l’ensemble des forces politiques à l’intérieur comme à l’extérieur en tant que priorité absolue. L’unanimité qui s’est construite autour de cette question a permis le déclenchement d’un processus dense et constant d’activité de terrain, qui a non seulement débouché sur quelques séquences de lutte parmi les plus lumineuses du combat démocratique, mais sur l’émergence aussi d’un réseau associatif complexe et protéiforme qui a réussit par sa diversité, sa vitalité et son efficience, à attirer la sympathie et l’appui de l’opinion publique internationale sur le mot d’ordre de l’élargissement de détenus d’opinion en Tunisie.

En faisant une analyse correcte de la situation, les forces démocratiques ont choisi au cours de ces dernières années, de taire en toute conscience et responsabilité, la blessure béante de l’exil pour se concentrer uniquement sur le drame des détenus. Il est inutile de rappeler ici que l’exil n’a pas manqué de jouer pendant cette période un rôle déterminant pour donner écho aux souffrances des détenus, par la forte mobilisation - en complémentarité totale avec les efforts consentis à l’intérieur du pays – qu’il a suscitée en leur faveur

Le combat visant à vider les prisons de leur détenus d’opinion, de les réhabiliter et de leur accorder des réparations morales et financières, est et restera inscrit en haut de l’échelle des priorités politiques et humanitaires, et nous saisissons cette occasion pour réaffirmer notre engagement en tant qu’exilés, à poursuivre notre contribution active et directe pour mener cette noble mission à son terme.

Grâce à leur expérience sur le terrain politique et humanitaire, notamment dans la défense du dossier des prisonniers, les forces démocratiques ont acquis depuis lors des riches traditions de lutte. Elles ont en outre accumulé un savoir faire par la promotion du pluralisme et la permutation des rôles entre les différents animateurs en leur sein. Nous sommes convaincus plus qu’à aucun autre moment de notre combat, que cette expérience irremplaçable peut déboucher effectivement sur des nouveaux achèvements qui seront portés au crédit de nos conquêtes démocratiques, pour peu que ces forces décident de prendre à bras le corps le dossier des exilés, et aider à satisfaire à leur revendication d’un retour à la mère patrie, dans l’honneur et la dignité. Ceci est d’autant plus juste que les rares solutions individuelles connues jusqu’à présent étaient soit sélectives, soit assorties de conditions, mais n’ayant en tous cas abouti qu’exceptionnellement à des issues ménagées par les méthodes de chantage ou de marchandage. 

Considérant ce qui précède, les signataires du présent document/appel estiment que le temps est venu pour impulser un élan sérieux, et pour exprimer une volonté commune pour poser sur la table la question des exilés politiques tunisiens dispersées depuis plus de deux décennies, dans des dizaines des pays à travers les cinq continents, sur la base et dans le cadre des revendications de principe suivantes :

1-      Droit au retour à tous sans exception, dés lors que la politique de compte-goutte, de l’ignorance feinte, du chantage et de l’humiliation que le régime n’a cessé de pratiquer chaque fois qu’il s’agit de traiter du dossier des détenus, et depuis deux ans celui des exilés, est une politique rejetée en bloc tant du point de vue du principe que celui des procédés.

2-      Un retour dans des conditions sûres, où la libre circulation, la résidence de son choix, l’absence des poursuites judiciaires et policières seront d’autant plus garantis qu’il ya prescription sur les condamnations dont la majorité des exilés avaient fait l’objet.

3-      Un retour dans la dignité et dans l’honneur, ou l’exercice des droits civiques, le respect des convictions et la liberté d’œuvrer à la poursuite, par tous les moyens légaux garantis par la Constitution, d’activité pacifique pour atteindre ce que tout citoyen considère comme utile à l’intérêt général, seront protégés par la loi

4-      Ce retour sur la base et dans le cadre des revendications de principe susmentionnées ne peut cependant se matérialiser qu’au travers d’un processus de lutte revendicative et graduelle qui choisira ses outils militants parmi ceux qui sont possibles et en usage sur la scène démocratique, en vue d’atteindre les buts escomptés, à savoir la satisfaction des revendications.

 

C’est en se fondant sur cette plateforme revendicative qu’un groupe de Tunisiens en exil à prit l’initiative de se réunir et de se concerter afin de trouver les meilleurs moyens et dégager la voie à un travail organisé et systématique, pour faire de l’idée « du retour à la mère patrie dans la dignité et la sécurité » une réalité tangible.

Il a été décidé ce qui suit :

Premièrement : La  mise sur pied d’une «Coordination » provisoire qui aura pour mission de mener des campagnes de sensibilisation auprès de l’opinion en exil sur le dossier du retour des exilés et sur la nécessité d’adhérer au combat de la reconquête du droit au retour. La dite Coordination œuvrera au rassemblement de toutes les victimes du drame de l’exil qui le souhaitent, pour faire connaître leur cause et faire aboutir leurs revendications.

Deuxièmement :  La Coordination aura également pour tâche d’établir des contacts avec le plus grand nombre des militants en vue de la tenue d’un « Congrès constitutif » qui mettra sur pied une organisation qui portera haut le mot d’ordre du droit au retour de tous les exilés et de tous les réfugiés à l’étranger, et ce dans les meilleurs délais.

Troisièmement : la « Coordination » œuvrera au rassemblement de tous les acteurs de la société civile, individus ou/et organisations non gouvernementales derrière la revendication du droit au retour en tant que question prioritaire, à mettre à contribution le réseau de relations tissé par le mouvement démocratique et par les organisations des droits humains tunisiens avec les sociétés civiles à travers le monde en vue de les sensibiliser sur le drame de l’exil. Cette Coordination collaborera avec celles-ci dans le cadre de la solidarité humaine et internationale pour l’inciter à plaider en faveur de la justesse de notre cause.

Le calvaire de l’exil n’a que trop duré. Et il devient impératif d’engager un travail commun, qui doit non seulement être efficace mais systématique, pour exercer notre droit légitime et constitutionnel au retour à la mère patrie et dans nos foyers.

Un retour sans compromission.

Un retour dans l’honneur, à la hauteur de l’honneur de notre cause.

Un retour responsable, à la hauteur de l’ampleur de nos sacrifices pour la liberté et la dignité de notre peuple.

Rédigé en exil ce 25 juillet 2008

Liste des premiers signataires par ordre alphabétique

 

* Ce texte est la traduction du document paru en langue arabe sur Tunis news en date du 25 juillet 2008, quelques modifications y ont été toutefois apportées.